Trois Rivières, Colonie française précoce sur l’Île du Prince Édouard

 

            En juin 1732, Jean Pierre Roma et son petit groupe de colons, travailleurs et pêcheurs se sont embarqués vers la Baie de Cardigan dans l’est de l’Île St. Jean (maintenant I.P.E.). Ils ont accostés à l’endroit connu comme Brudenell Point, c’est à partir de cette pointe qu’il colonisa les terres pour ensuite baptiser l’endroit  Trois Rivières. L’un des navires mentionnés portait à son bord du vin , whiskey et autres effets, le deuxième navire mentionnait des pêcheurs et le troisième avait des engagés (journaliers qui signaient un contrat de 3 ans).

 

            Ce n’était pas seulement une petite colonie française, mais plutôt la première entreprise commerciale de l’île qui survécu pendant 13 années. Et cela malgré différentes embûches et contre temps. Il ne faisait que commencer à prospérer et à rembourser sa dette à la patrie, lorsqu’un navire de guerre britannique ravagea le village,  mettant un terme définitif à la colonie de Trois Rivières.

      

 En 1731 le roi Louis XV de  France aut concédé aux propriétaires de la Compagnie de l’Est de l’Île St. Jean les droits exclusifs de 220 km par 2.5 km le long de la côte est de l’Île. Les termes de cet accord céèrent un grand domaine féodal qui devait rendre des comptes à Louisbourg mais affranchi de la dette royal. Jean Pierre Roma devint le cerveau derrière cette entreprise et par la suite le directeur de la compagnie.

1730 Map of
Three Rivers area PEI

        Jean Pierre Roma voulait que la colonie devienne plus qu’une communauté de pêcheurs mais le centre d’un réseau de 5 points de commerces internationaux entre Île St. Jean, Québec, Louisbourg, la France et les Indes Occidentales. Les cinq grands navires de la compagnie approvisionnaient la France en poissons et assuraient les produits à la colonie de Roma, jusqu’à ce qu’elle devienne autosuffisante. On envoyait du poisson et du bois aux Indes Occidentales en retour de sucre, mélasse, café. Ensuite les produits de la colonie de Roma furent envoyés à Louisbourg. Faisant de Trois Rivières un centre commercial important. Ce qui entrait en conflit avec les idées de ses partenaires, qui

préféraient exploiter la ressource (le poisson) et profiter rapidement. Roma était plein de projets dont; produire de la bière pour vendre ou échanger, ce qui supporte la rumeur qu’il aurait fabriqué du verre sur l’Île de Panmure. La présence imposante de l’armée dans la région était une valeur sûr pour le commerce de l’alcool.

 

                Les conditions de la concession stipulaient que la compagnie amènerait 80 pionniers avec les provisions nécessaires, et 30 de plus à chaque année par la suite. Les colons étaient encouragés à déboiser et de construire des bâtiments privés et publiques et des églises bien entendu. La compagnie avait également eu l’autorisation d’établir un endroit pour sécher le poisson sur la côte nord, Havre St. Pierre (maintenant St. Peter’s Bay) et recevait des lots de terre selon le nombre de chaloupes utilisées pour la pêche.

 

                 Neuf bâtiments furent construits sur le plateau, surplombant la mer. Deux bâtiments de 80 pieds, dont un était la Maison de la compagnie où logea Jean Pierre Roma et sa famille de même qu’une pièce d’entreposage. L’autre bâtiment devait accommoder les pêcheurs de la compagnie. Un bâtiment de 60 pieds logeait les travailleurs et les visiteurs un autre de 60 pieds était destiné aux officiers et l’équipage des navires. Le superviseur et les hommes de métier occupaient une spacieuse habitation de 69 pieds.

 

                 Un bâtiment de 50 pieds fut divisé pour les provisions. Il y avait également une forge, une étable et une boulangerie. Ils mesuraient chacun 40 pieds. Certains bois de charpente eut traversé sur la glace, à partir de la pointe qu’on appelle  Georgetown aujourd’hui. Les briques pour les 13 cheminées massives en plus des foyers, furent faites sur place. La mousse et l’argile étaient appliquées entre les rondins des maisons.

 

                   Jean Pierre Roma était un organisateur et entrepreneur de talents. Energétique, ambitieux (voir obsédé) mais malgré lui il devait appliquer de l’autodiscipline et il prenait grand soin de ses employés, ce qui entraîna des conflits avec ses associés, gouvernements, et le clergé.

                   Les problèmes avec le clergé commèrent avec une dispute à propos du travail le dimanche. Heureusement le gouverneur de Louisbourg prit la défense de Roma. En surface, le futur de la colonie était prometteur, mais en fait il y avait une suite de difficultés, certaines imprévues et d’autres conséquences de la personnalité de Roma, le tout retardait le progrès. Le succès de la colonie peut être attribué en grande partie à la planification détaillée de Roma. Il gardait méticuleusement le registre de ses activités et de ses réussites. En conséquence, nous avons une bonne idée de ce qu’était la vie quotidienne à Trois Rivières.

 

                    À peu près 50 hectares de terre furent déboisés et 6000 souches firent déracinées. Les fosses furent comblées afin de permettre l’établissement de maisons ou de cultures dans les deux premières années. Des rapports subséquents font mention que 200 hectares eurent été déboisés en tout. Le déracinement de souches était d’une telle ampleur qu’il nécessitait entre 10 à 15 hommes.

 

                      Afin de protéger la pointe de l’érosion naturelle (chose qui demeure encore un problème en 2004) Roma avait nivelé le dessus de la pointe, qui avait 36 pieds de haut, et il solidifia la base avec des pierres et du bois de charpente. Pour manipuler la cargaison des navires, il érigea un quai de 45 pieds et demi, dans une profondeur de 11 pieds à marée haute. Il dut se procurer 300 tonnes de pierres. Et il ajouta un petit embarcadère de bois qui mesurait 40 sur 12 pieds, pour accomoder les canots et les chaloupes.

 

                       Parce que la voie navigable était précaire, les hommes de Roma construisirent des chemins vers Havre St. Pierre ( St. Peter’s Bay), Port La Joye (sur la rivière Hillsborough), Sturgeon, Tracadie et Baie de la Fortune.  Ce travail était fait l’hiver et les travailleurs demeuraient dans des refuges, construits le long de la route.                                                          

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Jean Pierre Roma

ROMA à TROIS RIVIÈRES    ÎPÉ                             l’Histoire de Roma

                Deux autres pompes furent mises en place pour alimenter le village d’eau potable. Les sources près du littoral furentété bloquées afin d’accommoder l’amarrage des bateaux. Plusieurs petits jardins furent entourés de clôtures, non loin des maisons, et deux autres,  plus grandes, (150' sur 50') furent aménagée à côté de la forge et de la boulangerie. Deux champs de 2.5 acres furent clôturés et labourés pour produire du blé et des pois.

 

                    Entre 1732 et 1734 Roma a estimé que 800 quintaux de farine eurent servi à faire le pain à peu près 1200 barils d’eau furent puisés pour laver, fabriquer de la bière, abreuver les chevaux en plus de la consommation régulière d’eau potable des habitants. Roma construisit également construit deux réservoirs pour l’eau, deux petits bateaux plats, 2 canots et six chaloupes.

 

                    Dans le but de préserver la nourriture, une chambre froide (ice house) et un grand cellier furent aménagés. Le cellier était 120' x 18' x 7.5', et couvert de broussailles et argile et soutenu par de grasses poutres.

 

     Comme toutautre entreprise de l’époque, Roma a eut sa part de problèmes. Il avait comme principe que si les bâtiments étaient plus attrayants, les pionniers allaient être plus heureux. On fait référence plusieurs fois à la fabrication de bières, de vins et de spiritueux. Il combinait le travail avec  des chansons, la danse et des festins afin de se détendre entre les travaux à faire. Même s’il reporté que ses travailleurs ne donnaient pas un rendement de 100%, un regard sur a qu’ils eurent effectivement accompli en une si courte période, et cela avec les outils de l’époque et un petit nombre de travailleurs, démontre le contraire.

 

    Il faut tenir compte qu’en même temps qu’ils travaillaient pour Roma ils devaient faire la pêche, parfois loin des côtes. Roma comptait une centaine de pionniers, l’équipage de 5 bateaux lorsqu’ils étaient à Trois Rivières. Pendant que les travaux continuaient au village de Roma, d’autres hommes coupaient des arbres afin de pouvoir construire des bâtiments pour sécher le poisson au Havre St Pierre, endroit auquel une cinquantaine d’hommes étaient postés. De plus, afin d’ajouter à ses problèmes d’employés, le Père Supérieur de Louisbourg eut convaincu plusieurs pionniers de quitter Roma afin de se venger des dernières disputes entre l’entrepreneur et l’Église.

 

                     En 1737 les cultures furent détruites par le feu, et le bateau qui devait emporter du foin des marais de Sturgeon, fut volé par quatre employés qui eurent prit la fuite. Ensuite en 1738, c’est une invasion de souris hors de l’ordinaire qui ravagea les cultures. Roma, jamais déçu, fit une étude exhaustive sur le comportement de la souris des champs et proposa par la suite un plan pour les éliminer.   L’hiver de 1739 a été un hiver des plus difficiles, lorsqu’une femme mit le feu à un bâtiment, et les animaux ne purent s’échapper.

 

     Néanmoins, vers 1744, les conditions de la colonie se furent améliorés, et les entreprises de Roma prenaient de l’essor. Son rêve était sur le point de devenir réalité. Les événements de 1745 ont été hors de son contrôle. À la chute de Louisbourg, un détachement de 400 Anglais eut envoyé à l’Île St Jean avec l’ordre de capturer tous les Français, de détruire tout les bâtiments et chasser les occupants.  On ne rapporte aucune résistance le 17 juillet 1745, lorsque les bateaux britanniques sont arrivés. Jean Pierre, avec sa fille et son fils, deux servants et trois valets se fureny cachés de justesse dans les bois, impuissants devant le spectacle de 13 années effondrées et brûlées en quelques heures. Il avait alors estimé sa perte à 50,000 livres, incluant la perte de ses derniers poulets.

   

                      On ne sait que très peu sur la femme de Roma, Marie Madeleine Moreau. On ne fait aucune mention dans les écrits de Trois Rivières ou aucun recensement. Peut être qu’elle ne fut jamais venue à l’Île St Jean. L’histoire de la famille entière de Roma est nébuleuse. Il aurait des descendants qui vivent dans les maritimes aujourd’hui.                          

 

                        Le site semble avoir été abandonné jusqu’en 1823, lorsque Angus et Hugh Macdonald ont officiellement ouvert le magasin  "Macdonald Store", établissant ainsi un centre commerciale et de traite muni d’une taverne. Huit bateaux furent construits entre 1821 et 1836. Andrew Archibald, fils de Hugh né à Brudenell Point en 1828, devint un des Pères de la Confédération et un membre du Parlement.

        

                 Nous voilà ici devant une pièce fascinante de l’histoire de l’Île du Prince Édouard, presque oubliée jusqu’à aujourd’hui de même qu’une généalogie qui ne demande qu’à être complétée. Il y a également beaucoup de matériel pour des histoires ou du théâtre. Une importante période pour l’histoire de l’Île mais également l’histoire du Canada....

                           

Article de Edgar Dewar PhD, PEng

Publié dans  The Heritage PEI Explorer's Guide July 2003

 

 

 

 

 

Note:

 

Les cartes françaises des années 1700 montrent

le Nord en haut

de la page et

le sud vers le bas

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